MURANO. L'île des souffleurs
de verre perpétue un savoir-faire qui naquit d'abord à Venise au Xe s. Au lendemain
du sac de Constantinople de 1204 par les croisés, les artisans byzantins débarquent en
force à Venise avec leurs secrets de fabrication. La verrerie se transforme alors en
véritable manne financière pour la République. Les articles s'exportent dans l'Europe
entière. La Sérinissime se montre intraitable. Tout artisan qui serait tenté de
divulguer ses secrets techniques se voit au mieux confisquer ses biens, au pire encoure la
peine de mort! Pour éviter tout risque d'incendie officiellement, mais en vérité afin
de déjouer les tentatives d'espionnage, les verreries sont transférées à la fin du
XIIIe s. à Murano.
Au XVIe s., 30000 habitants vivent sur l'île et presque tous travaillent pour le
verre. C'est l'apogée du verre de Murano. Les maîtres-verriers inventent des verres
colorés et raffinent leurs techniques. Ils dessinent de nouvelles formes de vases,
créent des lustres et des miroirs. Malgré les sévères sanctions, des verriers
émigrent au XVIIe s. pour développer le verre de Bohème. Murano perd son monopole.
Son déclin s'accélère au XIXe s. avec le succès du cristal. Mais très vite, le
tourisme apporte un second souffle à cette activité. Aujourd'hui, les ateliers se
côtoient, chacun possédant son magasin d'exposition. Le musée du verre retrace cette histoire.
L'île vaut aussi le détour pour S. S. Maria e Donato, ancienne cathédrale de
l'évêché de Torcello construite dans le style vénétien -byzantin au début du
XIIe s. sur les fondations d'une église plus ancienne. Les mosaïques du pavement, du
XIIe s., forment des motifs géométriques d'une rare beauté. L'église San Pietro
Martire(1500) tout proche accueille un chef-d'œuvre de Giovanni Bellini, Le doge marco Barbarigo s'agenouillant devant la Vierge
peint en 1488. La Vierge à l'Enfant
provient de l'atelier de Bellini.