Un jeu harmonieux de superpositions anime
la somptueuse façade
occidentale terminée
vers 1236 et lui donne un équilibre
incomparable. Au-dessus des trois
portails profonds
et majestueux, séparés par
de vigoureux contreforts et marqués
d'imposantes voussures, court un passage
ajouré que surplombent les vingt-deux
statues colossales de la galerie
des Rois de France.
Plus haut, entre les baies des tours, flamboie
la grande rose
finement nervurée, surmontée
d'une galerie des sonneurs.
Les trois porches sont ornés de statues
justement célèbres :
le Beau Dieu
empreint de noblesse et de gravité,
au trumeau central, le saint
Firmin évangélisateur
de la Picardie dès le IVe siècle,
au porche gauche, et les vierges folles
et les vierges sages et laMère-Dieu
au portail de droite. Au cœur de cette
"bible de pierre", le Beau
Dieu d'Amiens est
figé dans son impassibilité
sereine ; il accompagne la représentation
du Jugement dernier. Tandis qu'au tympan
les morts connaissent les affres du Jugement,
la majesté de ce Christ semble rappeler
que tout demeure amour et grâce.
Les soubassements des trois porches sont
ornés de bas-reliefs
en "quatre feuilles" ; au
portail de gauche, un fantaisiste calendrier
montre les signes du zodiaque et les occupations
des mois. Avec sa profusion de sculptures,
le programme iconographique d'Amiens est
des plus variés. La restauration
de la façade a permis de mettre à
jour la polychromie
des portails. Le
temps d'un spectacle, les statues retrouvent
leurs couleurs médiévales
et un aspect féerique grâce
aux projections lumineuses
du créateur
Skertzo (projections
noctunes de la mi-décembre à
début janvier et de juin à
septembre).
Au portail (réalisé vers 1260)
du bras sud du transept, règne la
Vierge dorée :
sa dorure a disparu, mais elle adresse toujours
son sourire malicieux à l'Enfant
Jésus et avoue discrètement
sa féminité.